Trophée Coupe de France - Kaysersberg s’adjuge le titre face à Rennes (85-65) à Paris-Bercy Comme dans un rêve

Ils ont récité la partition parfaite le jour J. Portés par un duo Berquier – Cabarkapa d’exception (59 d’évaluation à eux deux), les Kaysersbergeois ont surclassé Rennes, samedi à Paris-Bercy, en finale du Trophée Coupe de France. La célébration s’est prolongée jusque tard dans la nuit...

 

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Magnifiques vainqueurs du Trophée Coupe de France, les Kaysersbergeois sont sur un nuage. PHOTOs DNA – Laurent Habersetzer

Même dans leurs rêves les plus fous, ils n’avaient sans doute pas imaginé un tel scénario. Euphoriques, presque possédés par moments, les Kaysersbergeois ont littéralement réduit en miettes la pauvre équipe de Rennes, samedi à l’AccorHotels Arena de Paris-Bercy, devant une colonie de 400 supporters aux anges. Parce qu’il a su mettre le feu au parquet, au cours d’une première mi-temps proprement irréelle (41-15, 16e ), le KABCA s’est offert le droit de vivre un conte de fées de quasiment 40 minutes, dans l’enceinte la plus majestueuse de l’Hexagone.

« C’est le plus grand jour d’une bande de potes »

Six ans après avoir échoué au même endroit, face aux espoirs de Pau-Orthez, le club haut-rhinois a peut-être écrit le plus beau chapitre de son existence. « Ce n’est pas à moi de le dire, répond modestement Fabien Drago, l’entraîneur de ‘‘ KB ’’. C’est le plus grand jour d’une bande de potes et de dirigeants qui bossent ensemble depuis des années. Mais il y en a eu d’autres avant nous. On ajoute juste une page à l’histoire de ce club qui est magnifique… »

Les Alsaciens se sont, surtout, forgé des souvenirs pour très longtemps. Et pour cause, le récit de cette finale du Trophée Coupe de France se résume à une succession d’images fortes. Deux hommes, Willy Berquier et Sreten Cabarkapa, se sont mués en pourvoyeurs d’émotions.

Le premier, doté d’une qualité de dribble exceptionnelle, d’un œil de lynx et d’un shoot à trois points dévastateur, a rendu une copie magistrale : 24 points, dont 4 sur 9 à longue distance et un carton plein aux lancers francs (8 sur 8), 5 passes décisives, 3 interceptions et 10 fautes provoquées pour 29 d’évaluation.

Le second, poste 4 moderne formé à l’école des Balkans et capable de dégainer dans toutes les positions, a compilé 19 points et 13 rebonds pour une note finale de 30. Du grand art.

« Dans ce club, on sait partager les émotions »

Et comme les lieutenants se sont mis au diapason, Rennes n’a tout simplement pas existé dans cette rencontre, emporté par une tornade rouge venue de l’Est. Alley-oops, dunks et tirs improbables : on se serait cru, par séquences, à un show des Harlem Globetrotters ! « Quand l’adresse est au rendez-vous, on sait qu’on est difficilement jouable », sourit Fabien Drago.

Les fans, eux, ont pris un pied immense, jusqu’à en avoir les larmes aux yeux. Mais il faut venir au moins une fois à la salle Théo-Faller de Kaysersberg pour comprendre l’attachement viscéral qui lie la population du vignoble à cette équipe. Quand on joue à ‘‘ KB ’’, on ne quitte jamais le terrain sans y avoir laissé ses tripes…

En soulevant le trophée, privilège réservé au capitaine, Willy Berquier s’est délecté de cette ferveur, tandis que les inconditionnels reprenaient en chœur le refrain éternel du groupe Queen : « We are the champions ». « J’ai l’impression que les supporters ont fait du bruit », s’amuse le meneur du KABCA, encore sur son nuage. « Les voir si contents, ça nous fait chaud au cœur. »

« Je suis tellement fier qu’on ramène ce trophée à la maison »

« Dans ce club, on sait partager les émotions », résume Sreten Cabarkapa.

Confirmation quelques heures plus tard, dans un bar très fréquenté de la capitale, au cœur de Bercy Village. En compagnie d’une poignée de partenaires et de bénévoles, les Alsaciens, médailles d’or autour du cou, ont enflammé une autre salle, plus confinée celle-là, jusqu’à 4h du matin. Au menu : bières, mojitos, cheeseburgers et cris de guerre à la gloire de ‘‘ KB ’’.

Inondé de messages de félicitations, Fabien Drago a volontiers fermé les yeux sur cette légère entorse aux prescriptions alimentaires. « Je suis tellement fier qu’on ramène ce trophée à la maison, confie l’entraîneur haut-rhinois. Les mecs ont été énormes, tous. Ils se sont sacrifiés et ont prouvé qu’ils avaient du cœur. C’est fabuleux. »

Magique même. De par leurs qualités humaines, ces garçons-là font honneur au sport tel que les gens l’aiment…

« Le cœur a gagné »

 

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 « Le cœur a gagné »

u Fabien Drago (entraîneur du KABCA) : « On avait un plan de bataille. On l’a mis en place intelligemment, en restant unis. Ce soir (lire samedi) , le cœur a gagné. On s’est battu sur toutes les balles. On a pu compter sur un grand Willy (Berquier) et un grand Sreten (Cabarkapa). Ce qui nous fait tenir, c’est la défense et l’adresse. L’équipe a su faire bloc. On voulait à tout prix désacraliser l’événement, rester dans notre bulle et faire fi de tout le reste. Mais je me garderais bien de dire que le scénario était prévu… Intérieurement, je n’étais pas bien du tout avant le match. Cette victoire est un gros soulagement. »

u Willy Berquier (meneur du KABCA) : « Je suis très fier de tout le monde. J’étais très content d’être là, mais j’étais aussi très inquiet car on aurait pu se faire bouffer par l’événement. La salle, le contexte… Potentiellement, beaucoup de choses pouvaient nous distraire. C’est la troisième fois que je viens à Bercy. J’avais déjà remporté la Coupe de France à deux reprises avec les cadets France du Mans. Jouer dans cet endroit, ce n’est un bon moment que si on gagne. Si on avait perdu, le trajet retour aurait été très long… »

u Sreten Cabarkapa (intérieur du KABCA) : « On a respecté l’adversaire et on n’a jamais douté. Ce Trophée Coupe de France est une très belle aventure que l’on a débutée en septembre. Pendant que les autres étaient en week-end, nous, on jouait. On a commencé tout en bas, par la phase régionale. On a vraiment mérité ce trophée. C’est l’un de mes plus beaux moments de basketteur, avec le titre de champion de France de N2 que j’avais décroché avec Bayonne. Gagner une finale, c’est la meilleure chose qui puisse arriver à un joueur. Si Kaysersberg veut encore de moi la saison prochaine, je serai là (sourire). »

u Baptiste Cransac (ailier du KABCA) : « Beaucoup d’émotions arrivent en même temps, tout est confus, on commence seulement à réaliser la portée de ce qu’on a fait. Dès le début du match, quand après treize minutes tu es à + 18, tu sens que tu peux faire quelque chose de grand. Ensuite, il suffit de tenir et de rester concentré. Mais c’est souvent le plus difficile. »

u Jean Freyburger (arrière du KABCA) : « C’est fabuleux, c’est énorme, on en rêvait et on l’a fait. C’était le match parfait alors que tout le monde dans le milieu du basket nous donnait perdants. Rennes, c’est costaud, ça joue les play-offs de N2. Mais on a vu qu’il y avait quelque chose à faire et on n’a rien lâché. Le fait qu’on ait perdu ici il y a six ans (il n’avait pas joué la finale face aux espoirs de Pau mais le huitième de finale face à Mirecourt, ndlr) , Fabien (Drago, le coach) nous en a beaucoup parlé. On a travaillé l’aspect mental et on a respecté notre plan de bataille en contrôlant Zivkovic et Ben Driss. On a fait ce qu’on avait à faire. »

u Pascal Thibaud (entraîneur de Rennes) : « La clé, c’était de limiter Berquier et Cabarkapa, les deux joueurs d’impact de Kaysersberg. On n’a pas du tout réussi. Le basket a été créé pour être un sport d’adresse, félicitations aux Alsaciens de nous l’avoir montré. Dans la fluidité offensive, il n’y a pas eu photo. On a été tétanisé par l’enjeu et par la qualité de l’adversaire. Nous sommes quand même très heureux de notre parcours. Beaucoup de monde aurait aimé être à notre place ce week-end. Cette rencontre à Bercy a donné lieu à une belle fête en tribunes. Dommage qu’on n’ait pas pu proposer une opposition un peu plus consistante… »

Propos recueillis par Am.P. et J.-T.W :

 

Leçon retenue

Kaysersberg a construit sa victoire en première mi-temps grâce, notamment, à une adresse extérieure insolente. Avant de contrôler le match après le repos.

 

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PHOTO DNA - Laurent HabersetzerDans le sillage de Willy Berquier (en rouge), le KABCA a su forcer son destin.

Le rêve avait tourné court, il y a six ans, après un premier quart-temps catastrophique. Les Kaysersbergeois avaient perdu leur finale face aux espoirs de Pau avant même de l’avoir jouée. Ce qui avait attisé la frustration en plus des regrets qu’ils imaginaient éternels. Jusqu’à ce que l’histoire balbutie.

Fabien Drago en avait d’ailleurs fait des cauchemars, les vieux démons étant venus le hanter avant cette nouvelle opportunité pour son club de briller à Bercy. L’entame de match allait être cruciale. Il n’allait pas falloir entrer timidement dans cette finale. Le coach haut-rhinois avait d’ailleurs privilégié le muscle et la taille dans son cinq de départ – Berquier, Cransac, Cabarkapa, Gaillou, Avramovic – pour répondre aux grands gabarits bretons. Une option, au final, rapidement abandonnée.

« On était parti dans l’idée de brouiller les cartes, de ne pas les laisser entrer dans le match. On pensait qu’ils devaient s’attendre à un cinq plus classique, explique le coach alsacien. Mais comme on ne marquait pas, j’ai changé de stratégie. Et le banc nous a beaucoup apporté, surtout en défense. »

‘‘ KB ’’ reçu avec mention

Dans une configuration plus tonique, le KABCA ne s’est pas pour autant privé d’aller défier les Rennais dans la raquette. Mais son salut allait venir d’un secteur plus aléatoire : l’adresse en périphérie. Qui a dit que ‘‘ KB ’’ n’était pas à l’aise à l’extérieur cette saison ? Blague à part, la prise de risque alsacienne a payé dans des proportions que les Rouges n’auraient peut-être même pas imaginées face à des Bretons qui se sont éteints à petit feu.

Le passage irréel de Berquier, Walter (à deux reprises) et Cabarkapa derrière l’arc a permis de creuser un premier écart (21-7, 10e ). Un écart déjà rédhibitoire mais cela, évidemment, Kaysersberg ne pouvait encore l’imaginer. Mais de l’autre côté des lattes, l’adresse sera restée trop fluctuante tout au long de la partie.

« On a bien fait bouger la balle et notre défense nous a aussi bien aidés, raconte l’ailier Kevin Walter. Le match bascule avec notre réussite à trois points. Ça nous a grandement facilité la tâche. Car derrière, pour Rennes, courir derrière le score, ce n’est pas évident. »

L’entreprise de destruction massive a donc repris en début de deuxième quart-temps. Appliqués, voire cliniques, les Alsaciens ont réduit en cendres l’édifice rennais. Schaal et Berquier ont joué avec délice les pyromanes à longue distance et l’opposition a alors pris des allures de correction (41-15, 16e ). D’autant plus que la doublette Cabarkapa-Gaillou n’a pas laissé sa part aux chiens dans la peinture pour prendre des rebonds (dix à la pause dont cinq offensifs) et offrir des secondes chances. « Ce moment d’euphorie, on savait qu’il arriverait. On ne savait pas si on serait devant ou derrière à ce moment-là, mais il fallait qu’on le fasse durer le plus longtemps possible, détaille Willy Berquier, stratosphérique pour sa troisième venue à Bercy. Le plus dur, c’était ensuite de gérer l’avantage. Et tout le monde a su apporter sa pierre à l’édifice comme lors des précédents matches de Coupe de France. »

Le 10-0 breton initié juste avant la pause ne changera rien à l’affaire. Comme une seconde période où l’adresse extérieure des Vignerons – 50 % de réussite à la pause, 38 % à l’issue du match – a laissé la place à un jeu plus agressif vers le panier, Rennes payant sur ses replis ses efforts consentis pour revenir dans le match. En somme, le KABCA a fait à l’URB 35 ce que les espoirs palois lui avaient fait six ans plus tôt en tuant le suspense après un bon quart d’heure passé sur le parquet. ‘‘ KB ’’ avait bien retenu la leçon. L’explosion de joie lorsqu’a retenti le buzzer était celle d’écoliers consciencieux qui venaient de passer avec succès un examen. À Paris, pour la plus belle victoire de l’histoire du club, les Kaysersbergeois ont même été reçus avec mention.

Rugir de plaisir

Ils étaient plusieurs centaines à avoir fait le déplacement à Paris, samedi, pour assister au triomphe de Kaysersberg en finale du Trophée Coupe de France. Les supporters ont été à la hauteur, en tribune, de la prestation réalisée par leurs joueurs sur le parquet.

 

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Comme un match dans le match. Alsaciens et Bretons ne se sont pas affrontés que sur le parquet de l’AccorHotels Arena, samedi, lors de la finale du Trophée Coupe de France de basket-ball. Dans les tribunes, aussi, la rivalité entre Kaysersberg et Rennes s’est fait sentir dans une joyeuse cacophonie.

Toute de rouge vêtue, l’armée haut-rhinoise, composée de plusieurs centaines de fidèles suiveurs partis en bus le matin même pour rejoindre la capitale, a d’abord sagement assisté à la finale féminine entre Roanne et Sannois Saint-Gratien en guise d’échauffement avant d’entrer dans le vif du sujet.

Une première mi-temps de rêve

Car lorsque les Vignerons sont apparus sur les lattes de Bercy, c’est un déluge de décibels qui les a accompagnés, de l’échauffement jusqu’à la consécration en début de soirée. Cornes de brume et grosses caisses ont accompagné les encouragements très sonores qui ont rythmé, notamment, une première mi-temps de rêve achevée avec 18 points d’avance pour « KB » (47-29).

Cette victoire historique à portée de mains a galvanisé les troupes alsaciennes qui ont peu à peu éteint les fans rennais puisque les Rouges se sont montrés irrésistibles sur le parquet. Lorsque le buzzer a retenti, une joie intense a envahi les rangs kaysersbergeois. Les embrassades furent nombreuses, quelques larmes ont coulé aussi. Quant aux smartphones, ils étaient de sortie pour immortaliser la communion entre joueurs et supporters extatiques. Un moment magique qu’ils n’oublieront pas de sitôt.

Le retour des héros

Ils ont gagné ! C’est dans un mélange d’allégresse et de saine fatigue que les supporters ont accueilli les joueurs du KABCA, vainqueurs de la Coupe de France de basket. Tout cela pendant l’organisation de la marche gourmande du club.

 

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La Coupe de France trouvera une place au milieu des trophées de la buvette. PHOTO DNA - JFT

Devant la salle Théo-Faller , Manu Arnoux tire nerveusement sur une cigarette, le micro à la main. Le micro, chez lui, c’est une habitude : il est le speaker du club et il est de tous les coups. Sauf celui-là. « Je travaillais. Je n’ai pas pu aller avec eux. »

Mais les regrets sont vite balayés puisque ses amis, les joueurs du KABCA, ont remporté la Coupe de France. « J’ai suivi de près le match, entre Internet et les SMS qu’on m’envoyait. Je n’y crois pas. J’y croirai quand je les verrai avec la coupe. »

Il n’est pas le seul à être survolté ce matin. Tous les supporters le sont. Surtout ceux qui ont assisté au match, à l’instar du président du club, Jean-Claude Gley. « Tout le monde est fier, exulte-t-il. Comment dire autrement ? » « Ils ont réalisé un exploit. C’est un des derniers matchs à l’extérieur. Mais c’est comme s’ils avaient joué à domicile tellement on a fait de bruit », dit en souriant le père de Manu, Francis Arnoux, toujours avec une trompe en plastique dans la main.

Avec le reste des supporters, il est revenu de Paris vers 3 h du matin. Et comme les autres supporters, il était à la salle à 8 h pour terminer les préparatifs de la marche gourmande. Le président Gley était déjà là. Mais lui n’est toujours pas couché. Trop excité. Surtout que, comme tous les supporters, il attend le retour des héros, partis à 4 h 30 de Paris.

Il est 10 h 05, le temps se fige quand un bus arrive. Fausse joie, ce sont des participants vosgiens à la marche. Ils sont orientés vers la salle pour s’enregistrer et prendre leur sésame : le verre de dégustation. Et les supporters en profitent pour expliquer le motif de leur joie aux marcheurs, peu au courant de l’actualité sportive.

Fatigués mais heureux

Dix minutes plus tard, le bus des joueurs fait son apparition. Une dizaine de supporters s’avance, jouant de la trompe. Quand les vainqueurs sortent du car, ils tombent dans les bras de leurs soutiens indéfectibles. Les héros sont fatigués mais heureux.

Ils se déplient. Marchent tranquillement vers la salle. Certains fument une cigarette, boivent un café. Les plus intrépides réclament la tournée du président. Manu n’est plus qu’un immense sourire. Il serre fort l’entraîneur, Fabien Drago. Et quand on lui passe le trophée, Manu le regarde longtemps, l’embrasse, puis le brandit en hurlant. Cette victoire, elle est à eux pour toujours.