Patrice Koenig (39 ans), l’intérieur de Kaysersberg, a tiré sa révérence samedi, sur une victoire face à Poligny. Des trémolos dans la voix, le grand « Pat » revient sur sa belle carrière.

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Fabien Drago, l’entraîneur de Kaysersberg, évoque un « fidèle capitaine », un « allié important », « quelqu’un à qui on doit beaucoup » parce qu’il « a contribué au changement de statut du club ». Patrice Koenig, c’est tout ça à la fois. « Je tiens à lui adresser un grand merci, confie le coach du KABCA. Entre nous, cela a été parfois tendu. Lorsque les résultats n’étaient pas là, je m’en prenais peut-être plus facilement à lui, mais il ne m’en a jamais tenu rigueur… »

« Des habitudes que j’ai depuis 20 ans »

L’intérieur de 39 ans est, avant toute chose, un grand professionnel. C’est l’image que tout le monde conservera de lui, alors qu’il vient de tirer sa révérence, samedi face à Poligny.

« Cela m’a fait un petit pincement au cœur, témoignait-il hier, à l’autre du bout du fil. Le blanc de poulet, les pâtes que je mange à midi le jour du match… Ce sont des habitudes que j’ai depuis 20 ans. Ma routine inclut également une petite sieste, mais samedi, pour la première fois, je n’ai pas réussi à trouver le sommeil. »

Le hasard fait parfois bien les choses. Patrice Koenig a disputé son dernier match de championnat à domicile, devant les siens. « Individuellement, je suis passé un peu au travers », analyse l’entraîneur de l’équipe d’Alsace des minimes filles (*). « J’ai ressenti une petite fébrilité. J’ai manqué de finition sur les tirs ouverts. Mais ce que je voulais avant tout, c’était terminer sur une victoire. Les sourires, les émotions de cette ultime soirée, je ne les oublierai jamais… »

Ovationné lors de la présentation des équipes, mis à l’honneur par un « Merci Pat » inscrit en gros sur une banderole, le grand N°10 a pris le temps de savourer, d’observer ce kop de jeunes supporters qu’il adore, d’« embrasser les coéquipiers », de croiser le regard de ses parents, « qui ont toujours été là », et de sa fille, Inès, âgée de 12 ans. « C’était beau comme je l’espérais », lâche-t-il, ému.

Patrice Koenig l’avoue : prendre quelques minutes pour retracer une carrière longue de plus de deux décennies lui « met la boule au ventre ». Le pivot ne tourne pas seulement une page, en cette fin de saison 2013-2014. Il referme un livre.

On parle là d’un homme qui a compté, dans le paysage du basket français. En 1997, il devient champion du monde avec l’équipe de France... militaire. En 2000, il décroche, sous le maillot de la SIG, une fabuleuse montée en Pro A. « J’ai commencé le basket à 16 ans, à Schaeffersheim, rappelle le père de famille. Un an après, j’ai intégré l’INSEP, puis l’équipe de France jeunes, avant de signer mon premier contrat pro avec la SIG. Ma carrière est partie en flèche. J’étais grand, mobile, délié, curieux et travailleur. Ce sont des qualités qui m’ont permis d’être repéré, de progresser et de franchir des paliers. »

« Beaucoup de belles rencontres »

La suite ne se raconte pas. Elle se vit. « Grâce à ce sport, j’ai fait beaucoup de belles rencontres. Des joueurs français, américains, européens... Le partage dans le vestiaire, dans le bus, l’adrénaline que procurent les matches à suspense, la communion avec le public, voilà ce qui m’a permis de m’épanouir pendant tout ce temps. Vivre du basket, c’est une énorme chance que j’ai eue. J’ai essayé d’en profiter chaque année. »

Que ce soit à Sceaux, Rueil, Mulhouse, Prissé-Mâcon, Lille, Orchies ou au WOSB, Patrice Koenig n’a jamais changé de ligne de conduite. Mais les cinq saisons passées à « KB » (2007-2009, 2011-2014), marquées par une accession de N3 en N2 (2008), demeureront à part. « Finalement, c’est là que je suis resté le plus longtemps. »

Il est néanmoins peu probable que l’on revoie rapidement la grande carcasse de « Pat » arpenter la petite salle Théo-Faller. « Je vais quitter la région, annonce-t-il. J’ai un projet de reconversion dans la formation des jeunes basketteurs. Mais je ne peux pas en dire plus. J’attends une réponse dans les prochains jours. »

En attendant, il ne peut s’empêcher d’éprouver un « sentiment de fierté », en jetant un œil dans le rétroviseur. « Des gars de 39 ans, en N2, il n’y en a pas 15 000 », sourit-il.

C’est toute la raison d’être de cette petite rétrospective : Patrice Koenig est unique.

(*) Le tournoi interligues de la zone Est est programmé jeudi, vendredi et samedi à Mulhouse.

par Amaury Prieur DNA  du 29/04/14